Adopté après deux
mois de polémiques, le projet de loi organique visant initialement –
rappelons-le – à revaloriser le rôle du parlement n'aura en réalité cessé de
fouler aux pieds les droits du législateur. Cela est vrai dans son contenu,
avec la remise en cause du droit d'amendement par l'introduction d'un temps
maximal de discussion ; mais aussi dans sa forme, puisque tout aura été mis en
œuvre pour éviter que les parlementaires n'en débattent.
Ainsi, après le vote
« conforme » du Sénat qui a interdit aux députés de discuter des
articles sur le droit d'amendement, le gouvernement a demandé et obtenu un vote
« conforme » de l'Assemblée Nationale sur le reste du texte, les
députés s'interdisant de faire leur travail d'amélioration des dispositions
proposées. Cette caricature de débat prive le Sénat de son droit à une deuxième
lecture, droit déjà rarepuisque 20 des
34 lois adoptées depuis l'élection de Nicolas Sarkozy l'ont été sous une
procédure d'urgence que la réforme de la constitution prétend aujourd'hui
limiter...
Cet artifice de
procédure a fait une victime collatérale : l'égalité homme-femmes. Alors que
notre constitution garantit l'égalité entre les hommes et les femmes et fixe à
la loi l'objectif de favoriser cette égalité, le parlement ne dispose pas
aujourd'hui d'outil pour en évaluer la réalisation. Introduite
et adoptée à l'unanimité par l'Assemblée en première lecture, l'obligation de
réaliser une étude d'impact sur les conséquences différenciées de laloi sur les hommes et les femmes (évidentes
lorsque l'on réforme les retraites, le travail du dimanche ou le regroupement
familial) a été supprimée au Sénat et ne sera donc pas dans la loi.
Imaginée par la socialiste Paulette
Guinchard en 2006, portée par les féministes sincères qui
siègent à gauche comme à droite, et faisant aujourd'hui l'objet d'un consensus
unanime, cette mesure concrète aura finalement été sacrifiée au seul motif
d'une précipitation législative que la loi organique va encore aggraver. Ayant
moi-même déposé en avril 2008 une proposition de loi – jamais inscrite à
l'ordre du jour par le gouvernement – pour créer ces études d'impact, je ne peux
que ressentir une vive amertume devant cette nouvelle occasion manquée.
Pascale Crozon Députée de la 6ème circonscription du Rhône
Les fleurs sont gratuites, quand le secrétaire de section félicite la député, cela ressemble à de l'autosatisfaction. Je ne sais pas si c’est militant mais je crois que cela fait partie du job d’un député de faire des propositions.
Ceci dit, cent pour cent d'accord avec Pascale, les outils de mesure sont indispensables. J’ose une petite métaphore: la régulation d’une grandeur physique. Si on veut contrôler par exemple une température, il faut un instrument pour la mesurer, un autre pour comparer la mesure avec la température souhaitée. C’est l’écart qui permet de corriger : chauffer ou refroidir.
Sans évaluation de l’égalité homme-femme il n’y a pas de régulation possible et le système dérive c’est objectivement naturel. Ainsi les lois sont inutiles quand elles ne sont pas accompagnées d’instruments d’évaluation efficaces.
Commentaires
Merci beaucoup, Pascale, de ta participation au blog ! Ton engagement très actif en tant que députée est un exemple de militantisme !
Les fleurs sont gratuites, quand le secrétaire de section félicite la député, cela ressemble à de l'autosatisfaction. Je ne sais pas si c’est militant mais je crois que cela fait partie du job d’un député de faire des propositions.
Ceci dit, cent pour cent d'accord avec Pascale, les outils de mesure sont indispensables. J’ose une petite métaphore: la régulation d’une grandeur physique. Si on veut contrôler par exemple une température, il faut un instrument pour la mesurer, un autre pour comparer la mesure avec la température souhaitée. C’est l’écart qui permet de corriger : chauffer ou refroidir.
Sans évaluation de l’égalité homme-femme il n’y a pas de régulation possible et le système dérive c’est objectivement naturel. Ainsi les lois sont inutiles quand elles ne sont pas accompagnées d’instruments d’évaluation efficaces.