Deux question à se poser, à propos de cette loi


1) Q'est-ce que c'est qu'Hadopi ? Qu'est-ce qui va changer, concrètement, pour les internautes ?
2) Cette loi permettra-t-elle d'atteindre l'objectif annoncé (soutenir la création culturelle) ?

Alors, qu'est-ce c'est que cette nouveauté au nom barbare ?

C'est l'émanation d'une loi "Création et Internet" qui vise notamment à empêcher les téléchargements gratuits de contenus culturels qui ne sont pas libres de droits. Jusque là, tout va bien. Il existe de multiples solutions, comme par exemple la licence globale (un abonnement global, pour télécharger, avec reversement des droits par un organisme du type SACEM).
Quelle est la solution choisie par le gouvernement ? Donner aux "ayants droits" (les maisons de disques, etc.) le pouvoir de traquer les internautes, et de lancer eux-même la procédure judiciaire, sans passer par un magistrat. Quels recours ? Quels moyens de se défendre ? Un seul est considéré comme valable : Installer un logiciel agréé, pour enregistrer tout ce que vous faites sur Internet, et le conserver à titre de preuve éventuelle de votre innocence? Vous avez bien lu : Il faut faire la preuve de son innocence, et non l'inverse ! Et il vaudra mieux installer le logiciel demandé, surtout si vous utilisez le wifi (ou si votre wifi ne peut être désactivé, comme sur une grande partie des livebox d'Orange !). Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il est toujours possible, ou presque, de pirater un wifi de particulier (désolé de le dire) ! Résultat ? Que ce soit par le wifi, ou même par votre connexion filaire, vous pouvez tout à fait vous faire prendre à la place de votre pirate, et vous ne pourrez rien prouver sans avoir auparavant accepté d'être surveillé !
Si on ajoute qu'aucun critère n'est fixé, quand au choix de la sanction, et que la sanction "Hadopi" peut parfaitement se cumuler avec un procès classique (jusqu'à 3 ans de prison et 300 000 euros d'amende, sur la foi de la traque, fiable ou non, effectuée par des entreprises privés qui sont juges et parti), la dérive est très inquiétante.

Maintenant : Pourquoi cette loi va-t-elle être totalement inefficace ?

La première raison, c'est que pour identifier une infraction, il faut que chaque ordinateur ait une adresse ip différente (son adresse sur le réseau internet). Or, c'est impossible pour un grand nombre de machines (entreprises...).
La deuxième, c'est qu'un pirate peut très facilement faire apparaître une autre adresse ip que la sienne, en passant par exemple par des passerelles situées à l'étranger (des serveurs qui servent de relai, en leur donnant une autre adresse ip, qui change à chaque fois, sans que la leur n'apparaisse). Ils peuvent aussi, comme on l'a dit, pirater votre ligne, ce qui est un jeu d'enfant la plupart du temps, sans compter les virus (sauf si vous utilisez Linux, bien sûr, qui est beaucoup plus sûr, et dénué de virus).
En résumé : Vous allez voir vos libertés se réduire comme peau de chagrin, et ceux qui veulent télécharger pourront très facilement continuer à le faire, tant cette loi est déjà dépassée sur le plan technique !

Et l'atteinte aux libertés ne s'arrête pas là, puisque dans le même paquet, la ministre ajoute le contrôle par le gouvernement de l'ordre de présentation des sites dans les moteurs de recherche, sans que les critères soient explicités d'une manière suffisamment claire pour que nous puissions être rassurés.

Le responsable "innovation" de TF1 vient même de perdre son poste, pour avoir critiqué (auprès de sa députée) cette loi calamiteuse. http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=4305 Une nouvelle preuve de la conception sarkozyste de la démocratie...

Et est-ce que toute cette agitation bénéficie aux artistes ? Difficile d'y croire, quand tous les crédits alloués à la culture sont en dégringolade !

Madame la ministre, pour qu'Internet continue à être un facteur d'ouverture et de création, il vous faudra imaginer des solutions plus... Créatives !

Frédéric Vermeulin